conférence le 19 novembre 2022
Les tisserands du pays du Santerre au XVIIIe siècle
Des tisserands dans le Santerre au XVIII
e
siècle ? En réalité, on parlait alors plutôt des badestamiers, c'est-à-dire des
fabricants de bas d’estame, ou d’étame, une étoffe de laine particulière,
massivement importée de Flandre et destinée à vêtir les Français ; les hommes
portaient alors tous des culottes et des bas de laine.
Ainsi, on peut dire que pendant près d'un
siècle, les habitants du Santerre ont habillé le royaume de France, et même
davantage puisqu'une partie de la production était exportée jusqu'en
Nouvelle-France, au Canada.
À Moreuil, à Hangest, à Rosières, un peu
partout dans le plat pays, de longues heures durant, les hommes actionnaient
d'imposants métiers à tisser dans leurs ateliers, métiers fabriqués par les
serruriers locaux.
De leur côté, les femmes filaient
inlassablement la laine sur le rouet, à domicile ou dans les manufactures dont
la plus ancienne et la plus dynamique aux environs de Montdidier fut sans
conteste celle des frères Sénart, au Plessier-Rozainvillers.
Artisans l'hiver, paysans à la belle
saison, les badestamiers du Santerre se trouvaient au contact des
manufacturiers flamands dont ils dépendaient pour la laine, et des colporteurs
normands qui acheminaient les aiguilles en fer de leurs métiers à tisser.
Reste à découvrir cette population aussi
attachante qu’oubliée et dont, pour beaucoup, nous sommes les héritiers.
Hervé Bennezon